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dimanche 28 décembre 2008

Le canal, suite et fin

Promenade, toujours au bord du canal, mais dans le sens opposé, cette fois – je pars de la marina et longe l'eau jusqu'à retourner en ville, pour découvrir en chemin le site abandonné dit « Les Forges », gigantesque et dégageant le même sentiment post-apocalyptique que les lieux de mes précédentes balades le long du canal.

Je décide de ne plus y retourner, et encore moins seul.

samedi 20 décembre 2008

Le canal

Promenades au bord du canal. Je me gare sur le parking en gravier du port de plaisance. Il fait froid encore, une pellicule de givre, presque imperceptible, recouvre encore le paysage et les choses.

Une carcasse de mouton, ou d'un animal que je n'identifie pas, sur l'eau gelée. À la fois atroce et... atrocement photogénique.

Je marche le long de l'eau, vers la ferme où E... et moi sommes allés quelques fois, et je continue encore au-delà.

Je prends des photos qui ressemblent à des paysages post-apocalyptiques, Tchernobyliens, mêlant herbes hautes, caillasses, murs noircis, tuyaux d'évacuations venant d'on ne sait où.

Je suis dans un état mental bizarre. Suivre ce cours d'eau, dans une solitude absolue, parfois ponctuée d'une grange délabrée, d'un entrepôt en briques ou d'une structure métallique à nu, par un matin d'hiver, donne une curieuse sensation d'expérience spirituelle, religieuse, un genre d'équivalent local du Gange revu par Tarkovski.

mercredi 25 juillet 2007

14 juillet

Je me souviens d'un 14 juillet, il y a longtemps ; j'avais entre 20 et 23 ans, puisque c'était quand j'étais à l'université. Je passais mes vacances d'été à sillonner la région en voiture, seul, fuyant ou au contraire cherchant quelque chose que j'aurais été bien en peine de nommer. Mais ce 14 juillet-là, je ne roulais pas au hasard ; j'avais rendez-vous avec mes parents, qui m'avaient fait inviter avec eux à un repas chez des gens que je ne connaissais absolument pas et qui vivaient dans un village perdu de la Meuse ; le genre de village dont on a aucune chance d'entendre parler si l'on a rien à y faire. C'était comme souvent les villages lorrains une rue unique, bordée d'anciens corps de fermes mitoyens, assez bas. Une impression de délabrement et de pauvreté s'en dégageait. Le trafic automobile était absolument nul – il était midi et demi – et aucun passant ne se faisait voir dans la rue. Vers la fin de la commune, sur quelques centaines de mètres, les vieilles maisons cédaient la place à des pavillons plus récents, plus espacés, séparés par des pelouses et des haies ou des clôtures. Là aussi, aucun signe de vie. Aucun bruit, aucun mouvement. Le village tout entier, je l'avais noté en passant, était livré aux durs rayons du soleil, puisqu'aucun arbre n'était planté le long de la chaussée. Il n'y avait pas non plus de forêt au loin, ni aucun élément de décor agréable ou pittoresque ; seule la plaine, assez plate, et infinie. Tout cela donnait une impression déprimante de dénuement. J'avais oublié l'adresse où je devais me rendre et, après m'être garé au hasard, j'avais passé vingt bonnes minutes à parcourir le village du début à la fin, deux ou trois fois – jusqu'à ce que ma mère, me voyant sans doute par une fenêtre, sorte d'une maison pour me faire signe. La maison était agréablement décorée, chaleureuse, accueillant une famille manifestement plutôt aisée sans rien avoir du vulgaire « nouveau riche ». De nombreux autres habitants du village étaient là ; manifestement, ici, la notion de communauté était encore une réalité, on avait pas le moins du monde affaire à un village dortoir. On m'avait rapidement glissé une flûte de champagne dans la main (mais qui fête réellement le 14 juillet, au fait ? qui étaient ces gens pour qui tout cela a encore un sens ?) et j'avais passé finalement une agréable journée, me disant que si la nature aime à se cacher, la vie sociale, la vie communautaire aussi ; les campagnes ne sont peut-être pas aussi mortes et anonymes qu'on le pense quand on les traverse comme étranger. Elles se protègent de nous, tout simplement.

mercredi 14 février 2007

Trajets de nuit

J'ai eu pendant quelques mois, vers trente ans, une curieuse habitude, née de l'angoisse, de l'insomnie et de la solitude ; celle de faire de nombreux trajets en voiture, de nuit, roulant au hasard dans la campagne, avec une destination choisie au hasard mais toujours lointaine et encore inconnue, dans le but très précis de me sentir perdu, de me sentir loin, de me sentir au milieu de nulle part, seul, dans l'obscurité et la lumière froide de la lune, roulant vers un lieu où personne ne m'attendait et où je n'avais rien à faire. 

Maintenant que j'y pense, peut-être était-ce une façon d'acter ce qui était ma situation dans la vie en général, et en quelque sorte de le mimer : être seul, être perdu, être dans le noir. Avancer vers un but inconnu et hasardeux, dont je savais par avance que je n'y trouverais rien.