jeudi 20 mai 2010

Simple décor

Je marche entre une longue haie à ma gauche, et, sur ma droite, un grillage qui me sépare de la voie ferrée. 

Au-delà des rails : d’autres bosquets, des champs, des forêts, à l'infini semble-t-il. Mais je ne peux pas y aller.

Sur ce chemin comme partout ailleurs, je suis bloqué, prisonnier de chemins balisés ; de simples couloirs dont je ne peux sortir et qui réduisent l'essentiel du paysage, l'essentiel du monde, à un simple décor.

lundi 12 avril 2010

Souvenir de très petite enfance

Je suis dans la cour derrière l'immeuble où nous habitons, dans cette rue à la sortie de la ville, qui donne sur des champs et des forêts à l'infini semble-t-il. Je vois des hommes se diriger vers le champ et les vergers derrière l'immeuble. Peut-être sont-ils déguisés. Ou habillés d'une manière étrange, inhabituelle pour l'enfant que je suis. Je sens qu'une espèce de jeu se prépare, un jeu très sérieux ; quelque chose de guerrier se dégage de tout cela ; c'est en tous cas le sentiment qui me vient. J'ai envie de les rejoindre.

mardi 23 février 2010

Paradis

La campagne ne présente décidément aucun intérêt, aucun attrait, c'est un espace purement utilitaire en réalité, et parfois, accessoirement et accidentellement, beau. Le Paradis n'est pas « la campagne », mais un jardin, c'est-à-dire la nature mise en scène, arrangée, humanisée.

lundi 25 janvier 2010

La mort, le néant, l'insignifiance

Il existe un topos du héros qui part errer dans des forêts enneigées et photogéniques pour oublier un drame intime, et qui s'y retrouve lui-même ou s'y perd définitivement.

Tout cela n'existe évidemment pas dans la réalité. Dans la réalité, dans la vraie vie, quand on va seul dans la forêt, que ce soit en été ou en hiver, que ce soit pour oublier ou pour se souvenir, on y trouve que l'essoufflement, la banalité de la nature et l'ennui. Il n'y a pas de d'errance ni de perdition poétique ou salvatrice.

*

Plus jeune j'aimais me promener dans la nature. Mais, à ma douloureuse découverte, plus le temps passe plus ça m'est insupportable.

Quand je marche sur un chemin de campagne, au bord d'un canal, ou sur un sentier de forêt, je ne me sens pas dans la nature ; je me sens simplement nulle part. Cette impression est plus pénible encore quand je m’enfonce dans la vraie nature sauvage.

J'ai réalisé au fil du temps que j’aimais les paysages où l'on aperçoit la présence humaine, les paysages modelés par l'homme ; le jardin plutôt que la forêt. Dans la nature sauvage je me sens comme un étranger perdu dans un paysage qui n'a rien à me dire et où je n'ai rien à faire. Je l'assimile de plus en plus à la mort, au néant, à l'insignifiance.