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lundi 25 janvier 2010

La mort, le néant, l'insignifiance

Il existe un topos du héros qui part errer dans des forêts enneigées et photogéniques pour oublier un drame intime, et qui s'y retrouve lui-même ou s'y perd définitivement.

Tout cela n'existe évidemment pas dans la réalité. Dans la réalité, dans la vraie vie, quand on va seul dans la forêt, que ce soit en été ou en hiver, que ce soit pour oublier ou pour se souvenir, on y trouve que l'essoufflement, la banalité de la nature et l'ennui. Il n'y a pas de d'errance ni de perdition poétique ou salvatrice.

*

Plus jeune j'aimais me promener dans la nature. Mais, à ma douloureuse découverte, plus le temps passe plus ça m'est insupportable.

Quand je marche sur un chemin de campagne, au bord d'un canal, ou sur un sentier de forêt, je ne me sens pas dans la nature ; je me sens simplement nulle part. Cette impression est plus pénible encore quand je m’enfonce dans la vraie nature sauvage.

J'ai réalisé au fil du temps que j’aimais les paysages où l'on aperçoit la présence humaine, les paysages modelés par l'homme ; le jardin plutôt que la forêt. Dans la nature sauvage je me sens comme un étranger perdu dans un paysage qui n'a rien à me dire et où je n'ai rien à faire. Je l'assimile de plus en plus à la mort, au néant, à l'insignifiance.

mardi 2 septembre 2008

Enfers intérieurs

Promenade matinale. Je suis monté par la forêt jusque Hellert, ces coins-là... je mélange un peu tous ces villages. Mélange d'ennui profond, de solitude pénible, et d'excitation face à certains paysages – je dis excitation et non pas émerveillement, par exemple, car mon état mental dans ce genre de situation ressemble à un genre d'exaltation malsaine (liée au fait de mitrailler, en partie) plus qu'à une saine appréciation d'un paysage.

La balade solitaire n'a pour moi rien de rafraîchissant, de revigorant mentalement et moralement. Bien au contraire, l'errance et la solitude me mènent vers des états mentaux bizarres, malsains, excessifs.

Il est dangereux de se promener, d'aller se balader dehors. On croit s'aérer, voir le monde, alors qu'on ne se balade jamais que dans ses mondes intérieurs, dans les différents niveaux de ses enfers intérieurs.

mercredi 14 février 2007

Trajets de nuit

J'ai eu pendant quelques mois, vers trente ans, une curieuse habitude, née de l'angoisse, de l'insomnie et de la solitude ; celle de faire de nombreux trajets en voiture, de nuit, roulant au hasard dans la campagne, avec une destination choisie au hasard mais toujours lointaine et encore inconnue, dans le but très précis de me sentir perdu, de me sentir loin, de me sentir au milieu de nulle part, seul, dans l'obscurité et la lumière froide de la lune, roulant vers un lieu où personne ne m'attendait et où je n'avais rien à faire. 

Maintenant que j'y pense, peut-être était-ce une façon d'acter ce qui était ma situation dans la vie en général, et en quelque sorte de le mimer : être seul, être perdu, être dans le noir. Avancer vers un but inconnu et hasardeux, dont je savais par avance que je n'y trouverais rien.