mercredi 14 février 2007

Trajets de nuit

J'ai eu pendant quelques mois, vers trente ans, une curieuse habitude, née de l'angoisse, de l'insomnie et de la solitude ; celle de faire de nombreux trajets en voiture, de nuit, roulant au hasard dans la campagne, avec une destination choisie au hasard mais toujours lointaine et encore inconnue, dans le but très précis de me sentir perdu, de me sentir loin, de me sentir au milieu de nulle part, seul, dans l'obscurité et la lumière froide de la lune, roulant vers un lieu où personne ne m'attendait et où je n'avais rien à faire. 

Maintenant que j'y pense, peut-être était-ce une façon d'acter ce qui était ma situation dans la vie en général, et en quelque sorte de le mimer : être seul, être perdu, être dans le noir. Avancer vers un but inconnu et hasardeux, dont je savais par avance que je n'y trouverais rien.

vendredi 5 janvier 2007

Loin de la machine

J'ai entamé depuis quelques semaines une relation avec une femme qui habite une toute petite commune (4000 habitants) à une heure au moins de toute grande ville, au milieu d'une région agricole misérable, sinistrée sans même avoir été industrialisée un jour. Je traverse pour aller la rejoindre, tous les week-end, après avoir quitté mon bassin anciennement minier et sidérurgique aujourd'hui peuplé de HLM, des dizaines de kilomètres de champs, de vergers, de villages aux maisons basses, grises ou en pierre jaune ternie par le temps, dont parfois les fenêtres sont murées. Mais cette misère n'est rien ; elle est le prix à payer pour être loin de la Machine. Loin de l'époque. Elle a même quelque chose de reposant, de réconfortant : on est encore dans le vieux monde, et même en ruine il reste le plus désirable. À chaque kilomètre parcouru j'ai un peu plus le sentiment de m'enfoncer non seulement dans l'espace, mais dans le temps, de rentrer chez moi, dans cette région que pourtant je découvre, et de rejoindre l'histoire de mon pays et mes ancêtres, de retrouver quelque chose qui a été trahi, injustement et trop rapidement oublié, renié.

dimanche 5 novembre 2006

Explorations Psychogéographiques

J'ouvre donc cet humble blog intitulé "Explorations Psychogéographiques" sans trop savoir ce que je vais en faire. J'ai toujours aimer marcher, me promener, à la fois dans une liste restreinte de lieux favoris où je reviens encore et encore, comme pour les hanter et raviver en moins certains souvenirs – et dans des lieux totalement inconnus, inédits, où je me laisse emporter par le plaisir, l'excitation de l'exploration. Souvent je remarque que dans ces moments-là je me trouve dans des états mentaux un peu étranges, que j'aimerais  approfondir et expliciter ici.